24 août 2008

Les FARC, une jeune hollandaise déchante

nexos

Au cours de l'été 2007, l'armée colombienne fit une incursion dans un retranchement des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Elle y découvrit le journal intime d'une jeune hollandaise de 29 ans, Tanja Nijmeijer qui avait rejoint la guérilla en 2002. Des extraits de ce journal ont été publiés en janvier 2008 dans la revue étasunienne Harper's et en avril 2008 dans celle mexicaine Nexos. Ces écrits brossent le portrait d'un quotidien ennuyeux où la culture et la diversion sont absentes. Et où les intérêts individuels et les comportements communs des hommes ont pris le pas sur le fonctionnement d'une organisation qui se dit régie par l'idéologie marxiste.

""21 juillet 2006
Deux camarades de notre groupe ont le sida, peut-être ils sont plus nombreux. Ici, personne n'utilise des préservatifs. La jeune fille contaminée ne comprend pas ce que ca signifie. Elle m'a annoncé la nouvelle avec un grand sourire. Son copain s'en fout. Ici, tout le monde baise tellement que le groupe pourrait finir contaminé en entier. Par chance, mon petit indien est sain parce qu'il était encore vierge à 25 ans! Il en souffrait et il ne me l'a jamais dit, mais je le savais depuis le début. J'espère seulement que ca ne lui a pas trop plu et qu'il ne va pas baiser avec d'autres femmes.

22 novembre 2006
Quelque chose de véritablement décevant de mon camarade Karel. Sa copine lui a refilé une maladie sexuellement transmissible, on sait tous qu'elle baise avec tout le monde. Cette pute de merde doit faire partie du groupe ennemi, j'en suis sure à 99%. Ils l'ont suremenent envoyée pour déstabiliser le leader de cette unité. Je ne suis pas la seule qui pense ça.

24 novembre 2006
Je suis fatiguée. Fatiguée des FARC, fatiguée des gens, fatiguée de vivre avec les autres, fatiguée de ne jamais rien avoir pour moi. Ca vaut la peine si tu sais que tu luttes pour quelque chose, mais, en réalité, je ne crois plus en la cause. Qu'est ce donc cette organisation où quelques uns ont de l'argent, des cigarettes, jusquà des friandises (…)? Depuis que je suis arrivée ici, c'est toujours la même chose et rien ne change. Une fille avec des gros seins peut réduire en lambeau les efforts de ceux qui ont travaillé ensemble pendant des années! On doit travailler tout le jour pendant que les commandants parlent de choses stupides. Je suis énervée qu'il me donnent des leçons sur ce que c'est d'être communiste, d'être honnête, d'être économe, d'être obéissante alors que ce sont des hypocrites. Voici mon problème : je m'entraine avec Karel pour ce qu'on supose être une mission urbaine, mais je sais que jamais je ne sortirais de cette jungle. Je veux sortir d'ici ou, au moins, sortir de ce groupe. Mais je me suis faite avoir, je suis comme une espèce de prisonnière. Je veux être dans une unité de combat. Au lieu de ca, je dois continuer d'observer, de m'exercer, de parler et d'écouter s'agiter les autres. Plus difficile, je me sens inutile. Il n'y a pas de sortie.

13 avril 2007
Ici, les épouses des commandant sont au courant de tout et peuvent donner des ordres. Elles ont le droit d'avoir des enfants. Elles ont même du shampoing et de la lingerie. Ca ne semble pas juste. Comment ca va être lorsque les FARC seront au pouvoir? Les femmes des commandants auront des seins en silicone, conduiront des ferraris et mangeront du caviar? Actuellement, la femme du commandant a de la lingerie avec de la dentelle et, si tu as de la chance, elle te la donnera si elle décide de ne pas la foutre à la poubelle. Je me demande si, au fond, ils n'ont pas honte. Je devrais être contente de ne pas être ainsi, de me foutre du pouvoir et des bonnes choses. Mais ca fait mal de voir ces choses. Je suis triste.

15 avril 2007
J'ai rencontré un jeune homme tant agréable, très innocent, pas du tout mondain et gentil avec moi. On a été ensemble pendant trois jours mais ils l'ont envoyé se battre loin du camps et je suis de nouveau seule. J'ai besoin d'un amant pour arrêter de me sentir aussi seule et inutile. Tout ce que je fais est de surveiller, faire les lits, couper du bois et cuisiner. Et chaque fois je sens encore plus de haine envers moi. Ces gens sont envieux et rusés. Ils disent que ca leur vient de leur “Sang Indien”- ils sont fièrs de cette héritage. Ils font des commentaires ambigus, te piègent, te guettent. C'est vraiment de la merde.

9 juin 2007
Je m'ennuie et je suis morte de faim. Aucun ennemi n'est en vue, et donc pour la millième fois on doit étudier les documents des FARC et répéter ce qui a déjà été expliqué trente fois. Des choses comme : pourquoi tu mérites d'être réprimandé, ou pourquoi tu ne dois pas t'endormir quand tu es de garde. Ha! La seule chose que je peux faire et me rapeller que ces choses sont une des conséquences d'avoir choisi d'être ici. Je savais dès le début qu'ici, il n'y aurait aucun défi intellectuel.

14 juin 2007 (matin)
Parfois je rêve de ma mère et je me réveile en pleurs. Toujours la même question : aurais été heureuse si je serais restée avec ma famille en Hollande? Je ne crois pas. Cette jungle est ma maison. Les FARC sont ma vie, ma famille.

14 juin 2007 (soir)
Ils m'ont permis aujourd'hui d'accompagner un commandant en tant que “vigile”. Les commandants vont à des endroits et font des blagues idiotes, fument et nous achètent des frites et des sodas, ce pourquoi il est supposé qu'on doit se montrer reconnaissant. Je pense à mes camarades d'ici, qui portent de la nourriture sur leurs épaules tout le jour et ne recoivent même pas un sac de pommes de terre de leurs commandants. Parfois, je n'ai pas envie d'obéir aux ordres, ordres d'hommes sexistes qui me puniraient si je ne fais pas ce qu'ils disent. J'aimerais retourner un moment à la société hollandaise, sans sexistes ni personnes qui pensent savoir tout meilleur que moi. Ce serait la paix.
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Posté par ahorita à 05:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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